Qu’est-ce que le conte ?

CONTE , qui es-tu ?, où es-tu ? , m’entends-tu ?

Interview réalisée le 22 février 2015.

 

Une Orange : « cher Conte,

  On parle de vous depuis la nuit des temps, depuis que l’homme est homme et à n’importe quel endroit de la terre. Dites-nous tout d’abord : d’où venez-vous ? »

Le Conte :

« Je suis d’ici et d’ailleurs, je suis né dans toutes les sociétés, à chaque fois que l’homme a eu besoin de moi pour expliquer l’origine des choses, des hommes, la vie et ses différentes étapes. Je suis universel et pourtant solidement ancré culturellement dans une société donnée »

l’Orange :

«  On peut vous lire, vous voir en film, vous écouter, alors à quelle forme exactement vous rattachez-vous ? Que pensez-vous du terme « littérature orale » ? » 

le Conte :

« je lui préfère le terme d’ « orature » car je viens directement de la transmission oral, ou alors de littérature de transmission orale, ou d’interprétation orale d’une tradition écrite. Vous voyez ? »

l’Orange :

« Les enfants vous adorent, alors que vous les mettez en compagnie d’ogres, de sorcières, de marâtres, d’épreuves, que leur dites-vous de si spécial ? »

le Conte :

« Je leur propose des exemples, des modèles à s’approprier ou à dépasser mais pas comme une leçon. J’utilise leur imaginaire avec une mise à distance salvatrice. Je leur permets de traverser la difficulté universelle de l’enfance, de la jeunesse. Je leur montre qu’ils peuvent faire des choix, se tromper, décider et aussi comment prendre place dans la société.

Je formule leurs peurs et en même temps leur enlève leur caractéristique dramatique. J’exprime des réalités que les enfants pressentent. Ils s’identifient aux personnages qui affrontent la vie, surmontent des obstacles sur des chemins semés d’embûches. »

l’Orange :

« « Mais vous parlez aussi aux adultes, on peut les voir se presser aux spectacles ou aux veillées, vous écouter comme des enfants. Vous leur plaisez, les touchez alors qu’ils ont fait leur chemin de vie. »

le Conte :

« Certes, j’ai l’air de parler de gens d’ailleurs, ou d’animaux, alors que je ne parle que d’eux mêmes. Je les renvoie à des questions universelles et fondamentales : leur relation avec leurs semblables, avec l’autre, la relation entre l’homme et la femme, entre l’aîné et le cadet, la relation aux divinités, au cosmos. A tout âge, je provoque des réactions psychiques et émotionnelles »

l’Orange :

« Vous diriez que vous « manipulez » l’auditoire ? »

le Conte :

« Moi non, mais le conteur maladroit ou mal intentionné peut le faire.»

l’Orange :

« Justement, parlons du conteur, qu’attendez-vous de lui ? »

le Conte :

« Le conteur est un colporteur, un passeur d’histoires. Dans la tradition orale, je passe d’un conteur à l’autre, par la mémoire. Sans jamais avoir été le témoin de ce qu’il rapporte, le conteur agrémente l’histoire au gré de sa personnalité, de ses goûts, de sa culture ou de son idéologie. Il propose, suscite, suggère à l’auditoire qui imagine, vibre et s’imprègne du contenu.

Pour moi, le conteur réunit, dans une communauté d’écoute et de partage. Lorsqu’il conte (avec son corps, avec sa voix) il crée un moment de « vivre ensemble » et il transmet des valeurs fondamentales. »

l’Orange :

« Cher Conte, l’interview s’achève et vous, vous vivrez encore longtemps. Comment expliquez-vous cette longévité, cette traversée de tous les temps ? »

le Conte :

« Je crois que c’est parce que je suis plus qu’un simple divertissement; je suis un art puissant. Sous une apparente simplicité, je contiens des éléments d’une grande complexité. Je fais voyager, par l’imaginaire et surtout, je suis une nourriture essentielle, transmise par la parole. »

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